
Menteuses s’est créée pour permettre d’actualiser dans la matière et mettre en forme ce qui nous meut, nous agite, nous inquiète et nous mouvemente : nos inconscients, nos fantasmes, nos pensées, ce qui n’a pas (encore) de mot, ce qui n’a pas (encore) de forme. Ce qui gronde en souterrain. Ce qu’on capte mais qu’on ne voit pas. Ce qui nous excède, ne nous appartient pas, mais nous traverse pourtant.
Il y a une nécessité joyeuse à faire exister et à libérer une vie souterraine, à mettre à nu les multiples et infinies couches de réel, à pousser les mur de celui-ci, à enquêter sur les multiples textures qui le constituent.
« Un corps se définit par sa puissance d’affecter et d’être affecté. » B. Spinoza, L’éthique

Le corps avec tous ses potentiels est au coeur de nos préoccupations. Quel que soit sa forme de représentation et son régime d’activité, il devient notre matière première de travail et d’écriture : le corps physique, théâtral, imaginaire, pensant, immobile, dansant, parlant…Il devient canal d’affects, de sensations et de perceptions. Un corps sans organe*, sans cesse en devenir*.
*Ce terme est emprunté à Gilles Deleuze. « le corps sans organe, c’est tout ce qui l’excède. Ce qu’il englobe d’inconscient, de perceptions, d’expérience trans-individuelle, collective, de souvenir, des mouvements qui lui pré-existe. Des affects qui le déborde. Qui déborde juste cette enveloppe et unité d’organes, de muscles, de chaires, de cellules. Il y a un corps invisible. » Emma Bigé, Mouvementements *Lettre I, comme idée de l’abécédaire de Gilles Deleuze
À l’ORIGINE

L’Asbl Menteuses est créée en 2015 par Sarah Devaux et Célia Casagrande-Pouchet ,au sortir de leur formation en Arts du Cirque au sein l’ESAC (Ecole Supérieure des Arts du Cirque de Bruxelles) Leur première création, À Nos Fantômes met en scène un personnage baroque, au prise avec ses désirs, ses fantasmes, mais aussi ses désillusions, le tout dans un univers complètement onirique et étrange. Tout se joue autour d’une grande corde noire magique, tantôt verticale, tantôt ballante, avec une importance donnée au traitement de l’image et du son, proche d’une façon de faire cinématographique.
La compagnie s’implante désormais dans le paysage bruxellois, et travaille en collaboration avec La Chouette Diffusion.
Avec PLONGER (création 2023), Sarah est d’abord agitée par des questions philosophiques. Elle s’attache alors à travailler à une création sensible et théâtrale, dans un univers de piscine désaffectée, où étrangeté, humour et absurde se côtoient. Bien que le corps en suspension reste un de ses langages scéniques essentiel, la question de l’agrès de cirque semble aujourd’hui s’éloigner pour laisser place à une scénographie particulière au projet, mais aussi à un corps qui puisse exprimer tout son potentiel poétique pour tenter, quelque soit la manière, de rendre visible un invisible.